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Pour trouver le bonheur, il faut aussi cultiver sa capacité à apprécier ce qui est, à
jouir du moment présent. Sinon, on peut trouver le bonheur et ne pas s‘en rendre
compte ni réjouir. On le voit aux nombreuses personnes qui vont bien objectivement mais
sont néanmoins malheureuses. D‘ailleurs, vous-même savez-vous ce qui vous rend
heureuse ou heureux?
Une méthode actuellement en vogue est le journal de gratitude: Chaque soir par
exemple, vous passez en revue la journée et notez les moments positifs, les situations
agréables ou ce qui tout simplement s‘est bien passé.
Ce peuvent être les grands succès, mais plus souvent, ce sont de petites choses.
Quelqu‘un vous a souris. Vous avez su éviter un accident. Un trajet s‘est passé sans
accroc. Vous avez vu un beau paysage. Vous avez fait un bon repas. Ou vous avez réussi
à retirer quelque chose de positif d‘une situation plutôt qu‘y trouver à redire. Vous avez
mieux géré une interaction délicate que par le passé. Ou vous avez essayé quelque chose
de nouveau, ou introduit de la nouveauté dans de l‘ancien, par exemple en choisissant
une route différente de vos habitudes.
Nous sommes ainsi faits qu‘une seule petite situation négative peut nous gâcher toute la
journée. Mais en devenant plus conscient, nous pouvons apprendre à nous réapproprier la
journée en relativisant l‘incident au vu de toutes les bonnes choses survenues par ailleurs.
La recherche en psychologie tend à accorder au journal de gratitude un effet mesurable.
Ce faisant, on ne met pas la tête dans le sable ou tente d‘être naïf: c‘est en parfaite
connaissance des choses que l‘on s‘éduque à opposer aux ruminations un changement de
perspective, un regard plus conscient et délibérément plus positif.
Mais tenir un journal n‘est pas ici une fin en soi, mais un outil d‘entraînement. Un début.
Car même si se remémorer ces petits moments est un plaisir, ce sont des moments
passés, vécus des heures ou jours auparavant. S‘entraîner à prendre conscience de ces
situations positives aide à en jouir de plus en plus souvent au moment même où elles sont
présentes, à apprécier plus pleinement et jouir de l‘ici et maintenant.
Un effet secondaire heureux est qu‘en voyant le présent d‘un œil plus positif, nous nous
éduquons aussi à voir l‘avenir sous de meilleurs auspices. Nous passons beaucoup de
temps à ruminer un avenir possible qui ne survient pourtant presque jamais tel que nous
l‘imaginons. Alors autant ne plus nous gâcher le présent en le peignant dans notre
imagination dans des couleurs trop sombres.
Le bonheur serait donc une affaire d‘entraînement.
Mais le bonheur n‘est pas une fin en soi. Ce n‘est pas un hasard si Russ Harris,
praticien connu de la thérapie ACT (thérapie de l‘acceptation et de l‘engagement), a écrit
un livre intitulé „Le piège du bonheur - Arrêtez de vouloir être heureux à tout prix et vivez
pleinement“.
Le bonheur, ce sont des instants. Une vie qui ne serait qu‘un seul grand bonheur serait
comme un emploi bien payé mais sans rien à faire. Pour ceux qui viennent d‘un boulot
stressant, ils s‘en réjouiront - pendant un temps. Mais au final, c‘est l‘ennui qui guette.
La vie a ses hauts et ses bas. En voulant supprimer tous les bas, on finit par jeter aussi les
hauts et les choses deviennent ternes. C‘est comme dans un parc d‘attraction: on peut
aller sur le grand huit ou prendre le petit train. Le grand huit promet intensité et variété. Le
petit train roule toujours à plat. Il en va probablement ainsi de la vie. La forme de vie la
plus plate est peut-être la dépression, car plus rien n‘a de goût.
On peut bien sûr suivre la définition minimaliste du bonheur énoncé par Michel de
Montaigne: l‘absence de malheur. Ce n‘est pas vraiment passionnant, mais pas si mauvais
non plus.
Chercher le bonheur est donc un peu comme chercher le jour. Il faut tout de même
traverser la nuit. Le plus important n‘est pas la nuit ou le jour, mais ce que nous faisons du
temps que nous passons.
L‘accomplissement de soi est plus important que la recherche du bonheur.
Comment le réaliser? En essayant des choses, parfois avec succès, en faisant ses
expériences et en apprenant des échecs. En faisant ce qui fait sens pour nous
personnellement, ce qui est vraiment important pour nous. En essayant de devenir la
personne que nous souhaitons être. Et en acceptant que la route comporte parfois telle ou
telle traversée du désert.
Voici quelques questions qu‘on peut se poser sur la voie vers ce qui fait sens pour nous:
•
Qu‘est-ce que je ne veux surtout pas regretter sur mon lit de mort de ne pas avoir
vécu, réalisé ou tout du moins honnêtement tenté de mon mieux?
•
Quels souvenirs les gens et les proches devraient-ils avoir une fois que je ne serai plus
là?
•
Quelles sont les valeurs que je voudrais voir associées à mon nom?
La clef, ce sont nos valeurs profondes. Ces valeurs, ce ne sont pas des „hashtags“ à la
mode que l‘on affiche sur les réseaux ou les phraséologies du moment, mais les vraies
valeurs, personnelles, profondes, parfois à contre-courant de la société ou même de nos
propres groupes d‘appartenance. Ces valeurs constituent notre „GPS“ intime pour
naviguer à travers les écueils de la vie, loin des normes sociales et des attentes du
„groupe“.
En apprenant à connaître ces valeurs profondes en soi, en s‘orientant sur elles et en étant
parfois prêt ou prête à payer un prix pour y être fidèle, on a de bonnes chances de pouvoir
un jour se retourner sur une vie bien remplie.
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